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MYTHOLOGIE

Peu d’animaux marins ont été,
autant que les dauphins, liés à la vie des
humains. Les Grecs anciens, peuples de la mer, furent, dès
les temps les plus reculés, attirés par ces
animaux singuliers qui jouaient et bondissaient hors de
l’eau autour de leurs bateaux, et qui se faisaient
aussi remarquer par l’aisance avec laquelle ils dépassaient
les navires les plus rapides.
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Les mythes et les
fables relatifs au dauphin sont fort nombreux : il est
mentionné déjà par Homère
comme « roi de la mer et seigneur des poissons
». Les auteurs anciens ont signalé l’affection
qu’il porte à l’homme en toute occasion,
allant jusqu'à sauver la vie de naufragés
en les ramenant à terre. Par ailleurs, nombreuses
sont les citations qui montrent le dauphin se laissant
volontiers chevaucher par des jeunes garçons.
Thétis elle-même utilisait l’un de
ces Cétacés comme monture. L’un
des exemples le plus couramment cités est celui
d’Arion le premier chanteur et joueur de cithare
de son temps. Revenant de Sicile où il avait
gagné, par son art, de grandes richesses, il
s’embarqua à Tarente à bord d’un
navire qui devait le conduire à Corinthe. Mais
l’équipage décida, une fois en mer,
d’assassiner le musicien pour s’emparer
de sa fortune. Arion obtint cependant la faveur de chanter
une dernière fois avant d’être jeté
dans les flots, ce qui fut fait. Mais un dauphin, qui
avait été attiré et charmé
par les accents mélodieux du chanteur, le recueillit
et le porta sain et sauf jusqu’au cap Matapan
(le Ténare), où un monument immortalisa
l’événement, que l’on situe
dans la XXIXème olympiade, soit vers 620 avant
l’ère chrétienne. |
C’est aussi un dauphin qui a ménagé
le mariage d’Amphitrite et de Poséidon, lequel,
pour marquer sa gratitude, installa l’« intermédiaire
» au firmament, sous forme de la constellation du Dauphin,
proche de l’Aigle. Et c’est encore un dauphin
qui porta Apollon (Apollo Delphinius) et son fils Icadius
jusqu’à la côte proche du Parnasse, où
fut précisément érigé le temple
de Delphes.Pour toutes ces raisons, la capture des dauphins
« déplaisait aux dieux », et les pêcheurs
grecs les laissaient en paix. Seuls les Thraces les chassaient,
ce qui était en abomination aux peuples de l’Hellade.
Pourtant les sous-produits des dauphins étaient éventuellement
utilisés en médecine : sa graisse, dans le traitement
de l’hydropisie ; ces cendres, contre certaines maladies
de peau ; son foie, pour combattre les fièvres. Le
dauphin était tellement familier aux peuples anciens
qu’il figurait sur de nombreuses monnaies d’Abydos,
d’Egine, d’Argos, de Métaponte, de Posidonie,
de Tarente et de Rome, où l’animal était,
la plupart du temps, représenté accompagné
d’une ancre, symbolisant ainsi la suprématie
romaine sur le mare nostrum. L’actuelle pièce
italienne de 5 lires maintient cette tradition et montre un
dauphin d’une remarquable pureté de lignes.

Peu à peu, la silhouette réelle
du dauphin s’altéra pour prendre la forme sous
laquelle on la voit très souvent : corps contourné
en vrille, front exagérément proéminent,
nageoires munies de rayons comme celles d’un poisson
et même parfois indication d’écailles et
d’un opercule. Pourtant, les anciens savaient parfaitement
que le dauphin n’était pas un poisson, mais bien
un Mammifère, qu’il était « proche
des baleines », qu’il respirait l’air en
nature au moyen d’un évent communiquant avec
des poumons, qu’il se reproduisait par accouplement,
etc. Plus tard, le dauphin devint l’emblème du
Christ et le signe de ralliement des premiers chrétiens.
C’est probablement à ce titre qu’il fut
son entrée dans l’héraldique ; il y prit
d’emblée une place prépondérante
le situant au premier rang des « poissons » (c’est-à-dire
des animaux marins), comme l’aigle domine les oiseaux
et le lion les quadrupèdes.
Le dauphin héraldique est particulièrement
répandu en Angleterre, où il figure dans les
armes de nombreuses familles de très ancienne noblesse.
En France, deux dauphins surtout d’Auvergne, «
pâmé », c’est-à-dire d’un
seul émail, et le dauphin du Viennois, ou du Dauphiné,
« d’azur, allumé, loré et pautré
de gueules » (en d’autres termes, il est bleu,
alors que son œil, ses nageoires et sa queue sont rouges.
Il peut paraître singulier que des provinces aussi éloignées
de la mer, aussi « terriennes » que l’Auvergne
et le Dauphiné se réclament d’un animal
purement marin. L’origine des armes du Dauphiné
s’explique comme suit. Parmi les principaux saints cités
par Giry (Manuel de diplomatique) figure un certain Delphinus,
évêque de Bordeaux, mort vers 404 après
J.C. Delphin, ou Dauphin, était probablement un prénom
porté par les premiers comtes d’Albon et de Vienne
; il a subsisté jusqu’à nos jours sous
forme de patronyme (assez rare toutefois) et, au féminin,
comme prénom essentiellement au siècle dernier
: Delphine Gay de Girardin, la Delphine de Mme de Staël,
etc.
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